“Ce n’est plus un ajustement, c’est un changement de régime.”
Les rapports s’accumulent, les ministres se succèdent, les réformes structurelles de notre système de santé n’avancent pas.
Demeure le puits sans fond, ce trou de la Sécu qui n’en finit pas d’engloutir des sommes immenses. On nous l’a rappelé fin juillet, le temps de faire avaler, aux assurés sociaux que nous sommes, la pilule d’un énième renflouement par décret. Pour la deuxième fois en trois ans, le Gouvernement réduit la prise en charge par l’Assurance maladie des soins dentaires et dans le même élan, celle des médicaments à service médical rendu faible ou modéré et des transports.
Puisque ce décret, paru le 21 août pour une entrée en vigueur fixée au 1er janvier 2027, se présente comme un remède, examinons-le comme tel. Nous avons l’habitude, avant de le prescrire, de peser un traitement : service rendu, indications, moment de son administration. Ce décret se signale par un service médical et social rendu faible, voire nul, par des justifications sommaires, par une administration en pleine période estivale, hors session parlementaire et par une urgence dont le lien avec les postes de dépenses visés n’a jamais été explicité.
De Charybde en Scylla, dans cette odyssée en dérive, les remboursements des soins bucco-dentaires, financés par nos cotisations sociales, sont malmenés – et désormais fortement distingués des autres actes médicaux. La trajectoire est lisible : un transfert progressif vers les complémentaires santé, avec dix points de prise en charge en moins dès à présent et une baisse de même ampleur déjà inscrite dans ce décret pour une échéance ultérieure. Ce n’est plus un ajustement, c’est un changement de régime.
Les CDF sont un syndicat résolument apolitique, attaché aux faits, à la santé et aux intérêts communs des patients, assurés sociaux, et des praticiens en médecine bucco-dentaire. Si les premiers vont mieux, les seconds iront bien.
Nous constatons avec colère que nos gouvernants renoncent et se désengagent, confiant la barre à des organismes assurantiels privés ; les assurés, c’est-à-dire nous aussi, en paieront le prix dans leurs cotisations.
L’expérience et les études le montrent : ce qui est concédé par facilité, par manque d’idées ou de volonté de réforme, ne se reconquiert qu’au prix d’efforts et de moyens sans commune mesure.
Un décret s’écrit en un été. Réparer ce qu’il défait prendra des années. Les CDF demandent aujourd’hui son abrogation avant même son application.