“Un contrôle sans règles, c’est l’arbitraire, c’est le Far-West où règne la loi du plus fort.”

Il est des textes qui, sous couvert de bonnes intentions, ouvrent des brèches qui ne se referment plus. L’article 5 du projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales est de ceux-là. 

Personne ne conteste la nécessité de lutter contre la fraude. C’est une évidence, un impératif partagé. Mais quand cette lutte devient prétexte à autoriser les organismes complémentaires privés à accéder aux données de santé de nos patients, sans un encadrement strict, à l’instar de celui qui s’impose à l’Assurance maladie, il faut dire les choses clairement : c’est la fin du secret médical. 

Or, ce secret n’est pas un privilège corporatiste. C’est le fondement de la relation de confiance entre le patient et son praticien. C’est la condition sine qua non d’une prise en charge libre, éclairée, préservée de tout regard extérieur. Si demain un patient hésite à confier à son chirurgien-dentiste une information sensible, par crainte qu’elle ne remonte à son assureur, c’est non seulement son droit fondamental qui sera bafoué, mais l’ensemble de ses soins qui seront gravement compromis. 

Ce qui nous alarme au plus haut point, c’est l’instauration d’un contrôle médical par les organismes complémentaires, sans cadre défini, sans procédure contradictoire, sans réfé rentiels opposables. Un contrôle sans règles, c’est l’arbitraire, c’est le Far-West où règne la loi du plus fort. 

Le scénario catastrophe de ce mauvais western, c’est un praticien consultant salarié d’une complémentaire, sorti de nulle part mais affublé d’une étoile de shérif de pacotille qui, cette fois, l’autorisera à s’immiscer dans les plans de traitement, au seul profit économique de son employeur. Il réclamera ainsi directement au praticien l’ensemble des documents constitutifs du dossier médical du patient, avant ou après réalisation des soins, en opérant un chantage au remboursement. 

Ce film d’horreur auquel notre profession refuse unanimement de participer, révèle la duplicité des assureurs complémentaires. Ils se frottent déjà les mains de l’aubaine que constitue la masse des données de santé qui alimentera leur « gestion du risque », expression pudique visant la politique commerciale et tarifaire des marchands de couvertures santé. 

La lutte contre la fraude justifie-t-elle la fin à l’indépendance professionnelle et de la protection des données des patients ? Le danger de cette loi légitime le combat politique et juridique que mènent les CDF depuis des mois. Entre le défenseur de la profession, l’assureur complémentaire et le fraudeur, façon Le bon, la brute et le truand*, les CDF ont choisi. 

Pierre-Olivier Donnat

Président confédéral

 * N’hésitez pas à voir ou revoir le film de Sergio Leone. 

Politique

Dernières actualités

31
Juil
2026

Incendies Gironde et Landes : Dispositifs de soutien aux cabinets dentaires 

Les CDF tiennent à exprimer tout leur soutien aux chirurgiens-dentistes de la Gironde et des Landes dans le contexte actuel

lire la suite

31
Juil
2026

CCAM V84 : ce qui change au 31 juillet 2026

Cette mise à jour, issue de la décision de l’UNCAM du 29 avril 2026 publiée au Journal officiel le 27

lire la suite

31
Juil
2026

Rejet des factures EBD : une nouvelle pression inacceptable

La CNAM a annoncé, par mailing à l’ensemble des chirurgiens-dentistes libéraux et centres de santé dentaire, qu’à compter du 1er

lire la suite

24
Juil
2026

Soins dentaires : les CDF s’opposent fermement à un nouveau désengagement de l’Assurance maladie 

Le gouvernement envisage de porter par décret le ticket modérateur à 50 %, ramenant le remboursement de l’Assurance maladie obligatoire

lire la suite

17
Juil
2026

La majorité des patients peuvent être pris en charge dans le droit commun 

On estime qu’entre 11 et 12 millions de personnes vivent avec un handicap en France. L’accès aux soins bucco-dentaires demeure

lire la suite

17
Juil
2026

Benoît Caloone, vice-président aux affaires conventionnelles

Élu lors du Congrès de La Rochelle de mai dernier, Benoît Caloone a pris en charge les affaires conventionnelles. “Praticien

lire la suite