Pour le Pr Pedro Diz Dios, président de l’Association internationale pour le handicap et la santé bucco-dentaire (IADH), il est temps de casser certaines idées reçues face au handicap. Interview réalisée à Barcelone lors d’un événement organisé par l’IADH et Oral B.

En France, les personnes en situation de handicap rencontrent encore des difficultés d’accès aux soins bucco-dentaires. Quelle est la situation, à l’échelle mondiale ? 

Pedro Diz Dios : La santé orale des personnes en situation de handicap y est davantage reconnue comme un enjeu de santé publique. Nous disposons également de données qui montrent qu’un grand nombre d’entre elles peuvent être prises en charge dans des conditions très proches de celles de la population générale. Pour autant, trop souvent encore, les patients sont orientés vers des centres spécialisés, alors qu’une grande partie des soins pourrait être réalisée en ville. 

Que préconisez-vous ? 

P.D.D. : L’un des principaux défis est de se concentrer, non pas sur les limitations, mais sur les capacités des personnes et les adaptations possibles. Nous avons, au sein de l’IADH, comparé l’hygiène bucco-dentaire d’enfants autistes à celle d’enfants issus de la population générale et nous n’avons pas observé de différence significative dans les niveaux d’accumulation de plaque. La sévérité de l’autisme n’était pas non plus associée à une moins était le profil sensoriel du patient, c’est-à-dire sa réaction face à de nouvelles sensations ou de nouveaux stimuli (1). Dans une autre étude, nous avons évalué l’acceptation d’une brosse à dents électrique chez bonne hygiène bucco-dentaire. Le facteur déterminant 68 enfants et adultes autistes, dans leur environnement habituel. Cette expérimentation a montré que 73 % d’entre eux acceptaient immédiatement ce nouvel outil, malgré le bruit et les vibrations. Après 5 séances de désensibilisation pour les plus réticents, le taux d’acceptation atteignait 86,7 %. Avec les bonnes stratégies, beaucoup de choses sont possibles. 

Congrès iADH 2026

Le prochain Congrès de l’association se tiendra du 19 au 22 août prochains au Trinity College de Dublin, en Irlande. Des praticiens et chercheurs du monde entier y sont attendus, et prendront la parole sur le thème de la santé inclusive, les défis qui lui sont associés et les solutions possibles. 

La formation odontologique doit-elle évoluer ? 

P.D.D. : Le nombre de personnes vivant avec un handicap est en constante augmentation, notamment du fait de l’allongement significatif de l’espérance de vie. Dans certaines régions d’Europe occidentale, près de 10 % de la population présentent une forme de handicap. La formation initiale doit donc intégrer pleinement cette réalité, pour éviter d’orienter systématiquement les patients vers l’hôpital ou des structures spécialisées. La formation postuniversitaire doit quant à elle favoriser une expertise plus poussée pour la prise en charge des situations complexes. 

De nombreux praticiens estiment ne pas être suffisamment formés… 

P.D.D. : En effet. Pourtant, dans près de 90 % des cas, les soins peuvent être réalisés dans des conditions très similaires à celles de la population générale, qu’il s’agisse de patients souffrant de troubles cognitifs, mais aussi moteurs. Pour les patients en fauteuil roulant, de nombreux modèles sont inclinables et ne nécessitent pas de déplacer le patient, par exemple. À défaut, d’autres solutions existent (2). Notre regard doit évoluer. L’accueil des personnes en situation de handicap ne doit pas être perçu comme une contrainte, mais comme une composante à part entière de l’offre de soins. 

Et sur le plan de la rémunération des praticiens, existe-t-il des modèles inspirants ? 

P.D.D. : Certains pays ont mis en place des modes de rémunération adaptés. En Malaisie, depuis cinq ans, les soins aux patients à besoins spécifiques dispensés en cabinet de ville sont pris en charge par l’État, sur la base d’un tarif trois fois supérieur au tarif habituel, par exemple. 

Les majorations tarifaires en France

La convention dentaire prévoit aujourd’hui plusieurs dispositifs destinés à mieux valoriser la prise en charge des patients en situation de handicap, dès lors qu’une case correspondante à une prise en charge « modérée » ou « majeure » est cochée dans la grille APECS*. 

• Consultation complexe : 46 €, acte CBX ou CXD si logiciel non mis à jour ; 

• 5 séances d’habituation aux soins par patient par an (23 € chacune, cotée CD, pour favoriser la coopération du patient et la réussite des soins sur le long terme) ; 

• Majorations spécifiques lors de la réalisation d’actes techniques (100 € par séance, avec ou sans sédation consciente, avec ou sans utilisation de MEOPA, cotées YYYY183, voire 200 € dans certaines situations nécessitant plusieurs actes ou plusieurs séances, cotées YYYY185) ; 

• Supplément de 23 € (acte BDX) peut aussi être associé à l’EBD (BDA, BDB, BDD, BDP) ; 

• Enfin, un acte de télé-expertise (coté TE2) valorisé à hauteur de 20 €, permet à un chirurgien-dentiste déjà connu d’un patient en situation de handicap, d’être sollicité par l’établissement de santé médicosocial l’hébergeant. 

* Téléchargez la grille APECS sur ameli.fr 

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