Élu lors du Congrès de La Rochelle de mai dernier, Benoît Caloone a pris en charge les affaires conventionnelles. “Praticien de quartier” et président des CDF 59, il conduit sa mission, fort d’une longue et riche expérience syndicale, et détaille les nombreux enjeux pour la profession.
CDF Mag : Après avoir été président du pôle 3 cadre d’exercice, vous voici vice-président à l’issue du Congrès de La Rochelle. Mais quel a été votre parcours, tant personnel que professionnel et syndical ?
Benoît Caloone : Sorti de la faculté de Lille en juin 1994, mon premier exercice libéral fut pour remplacer mon directeur de thèse durant ses vacances d’été. Seul, pendant plus d’un mois et un agenda rempli de créneaux allant de 20 à 30 minutes, l’immersion était totale ! D’autant qu’il fallait aussi dormir sur place. Ensuite, service militaire à l’hôpital militaire Dominique-Larrey à Versailles. Après une collaboration libérale en vue d’une association qui ne se fit pas, je décidai de créer mon cabinet en agglomération urbaine à Wasquehal, près de Lille. J’y exerce en tant qu’omnipraticien avec une collaboratrice également libérale. Je suis, sans péjoration aucune, un chirurgien-dentiste de quartier. En parallèle, un mariage et 4 naissances de 1998 à 2006. Syndiqué dès mon inscription à l’Ordre, j’ai assisté, à partir de 2008, à quelques réunions du conseil d’administration du syndicat départemental du Nord. Biarritz fut mon premier Congrès. Je me suis retrouvé membre de la commission 4 alors présidée par Doniphan Hammer. Puis est arrivé le Congrès de Gien, où je fus élu vice- président rapporteur du pôle 3 avec Catherine Berry pour présidente. Je pris d’ailleurs son relais et fut réélu à Dijon. Parallèlement à cela, je suis également président des CDF 59 depuis février 2016.
Cet engagement m’a permis de sortir la tête de l’emprise du cabinet, en me forçant à me tenir informé pour informer les autres. Membre du bureau de ma CPTS, je pense que le chirurgien-dentiste a toute sa place dans l’organigramme de la prise en charge du patient. Notre intégration à l’équipe soignante est primordiale ; nous ne devons pas leur déléguer une partie de notre activité. Je remercie d’ailleurs tous les chirurgiens-dentistes qui font cet effort de présence, d’investissement et de représentation auprès des autres professionnels de santé au sein de ces structures. Adepte ou non de ces CPTS ou MSP, il ne faut pas non plus oublier qu’elles peuvent devenir la source de rémunération complémentaire. Le syndicalisme, c’est aussi l’ouverture vers d’autres professions, parfois confrontées aux mêmes soucis que nous.
Toutes les rencontres engendrées par mon engagement syndical m’ont amené à participer à l’UNAPL, l’ARAPL et l’U2P du Nord, dont je suis le président depuis peu…
Comment concevez-vous votre mission ? Avez-vous des domaines de prédilection ?
B.C. : Aujourd’hui, je débute une nouvelle aventure avec ce mandat de vice-président aux affaires conventionnelles. Je l’aborde, fort de l’expérience acquise précédemment en tant que président de pôle 3 où j’ai été à l’écoute de tous nos délégués, chacun représentant une multitude d’exercices et ce, dans la quasi-totalité des territoires.
Ma participation, depuis plus de quatre années, aux commissions paritaires nationales ainsi qu’aux groupes de travail dédiés à la préparation et à la pérennisation des conventions dentaires, m’a bien fait comprendre que les consensus sont de mise. Nous ne sommes pas seuls à décider. Mais heureusement, nous avons la chance d’avoir une équipe étoffée et expérimentée où chacun a sa place pour influencer les discussions, et réorienter les débats vers ce qui importe, en premier lieu les praticiens au quotidien dans leur cabinet. Et les sujets sont variés, qu’il s’agisse de l’EBD, de la convention, des implications de la réduction des déficits de l’Assurance maladie et du développement des nouvelles technologies.
À quels grands enjeux devrez-vous faire face ?
B.C. : Ils sont nombreux : favoriser l’exercice libéral de nos jeunes consoeurs, anticiper l’arrivée exponentielle de nouveaux praticiens, la prévention, le financement ou encore la prise en charge de nos aînés. Nous devons accompagner ces changements. Ma paternité m’a permis de mieux mesurer les difficultés rencontrées par les praticiennes qui concilient maternité et exercice libéral. Les efforts engagés par les CDF seront poursuivis avec détermination. Notre profession doit obtenir des avancées au moins équivalentes à celles dont bénéficient les médecins, au vu des charges fixes qui incombent à nos cabinets. Autre chantier, les enjeux du tiers payant dans le cadre de l’EBD, qui dépassent très largement la cohorte des 3-26 ans. Le retour à la formule 100 % AMO est la seule réponse pertinente au recul de la prévention. Il serait temps que l’Assurance maladie en prenne conscience ! Cela pose aussi la question de l’évolution de notre modèle de financement. Quelle sera, demain, la mainmise de l’Unocam sur la chirurgie bucco-dentaire ? Les responsables politiques seront-ils tentés de considérer le dentaire comme « un risque moindre » pour réduire les dépenses ?
Notre exercice repose sur des investissements lourds et durables : le matériel, les locaux, le personnel ainsi que la formation initiale et continue. Pour assurer la pérennité d’un cabinet dentaire, la rémunération doit être régulière, suffisante et sécurisée. Aujourd’hui, trois interlocuteurs participent à cette rémunération. L’UNCAM, qui finance une partie du risque avec les moyens qui lui sont attribués en fonction des choix politiques. L’Unocam, qui doit rendre des comptes à l’État, mais également à ses actionnaires et ses adhérents et dont la participation ne cesse de croître. Enfin, il y a les patients qui, selon leurs ressources financières et l’investissement qu’ils accordent à leur santé, acceptent ou non de consentir à cet effort financier.
À l’heure où la réduction des déficits est un objectif majeur, je considère qu’il n’y a pas d’économies à réaliser dans le secteur dentaire. La mise en place des différents paniers a permis un meilleur accès aux soins et a entraîné mécaniquement une augmentation des dépenses. C’était prévisible. Enfin, concernant nos aînés, il est inadmissible qu’une partie d’entre eux soit aujourd’hui confrontée à un véritable abandon bucco-dentaire. Dans ce domaine, la réponse passe par un exercice coordonné avec les autres professionnels de santé, médicaux et paramédicaux. Mais comprenons-nous bien, il s’agit de complémentarité et non de délégation des compétences… Une chose est donc certaine : nous ne risquons pas de nous ennuyer ! Faire partie de l’équipe décisionnaire des CDF, c’est savoir anticiper et réagir promptement lorsque survient l’imprévu. C’est là que réside la force de notre confédération.