” L’Assurance maladie obligatoire (AMO) gère nos soins vitaux avec environ 3 à 4 % de frais de fonctionnement.”

Le Gouvernement a lancé le 21 janvier 2026, avec une solennité quasi religieuse, une nouvelle mission portant sur « l’articulation entre l’Assurance maladie et les complémentaires santé ». Quatre personnalités – une ex-ministre, un ex-directeur de la Sécu, un patron de mutuelle et un économiste libéral – vont cogiter six mois pour pondre un état des lieux, relever les « incohérences, redondances, angles morts » du système de santé, faire une « synthèse critique » et avancer des « pistes de réforme ». Traduction pour les étourdis du fond de la classe : nous aurons un énième rapport du genre « on réfléchit » avec un descriptif des évidences de notre système de santé, sans dire l’essentiel : ce système marche sur la tête ! 

A-t-on vraiment besoin de six mois pour donner une réponse à l’incohérence majeure du système, celle qui consiste à engraisser une industrie privée pour faire le même boulot que la Sécurité sociale, mais en beaucoup plus cher ? 

Les quatre Mousquetaires vont-ils vérifier les chiffres ? Tout le monde les connaît ; les frais de gestion des complémentaires santé sont de 8,8 milliards d’euros en 2024 (derniers chiffres DREES), soit 18,8 % de leurs recettes totales (46,5 milliards de cotisations). 

Comparons ce qui est comparable. L’Assurance maladie obligatoire (AMO) gère nos soins vitaux avec environ 3 à 4 % de frais de fonctionnement. Une machine de guerre efficace. 96 % des euros cotisés arrivent directement aux remboursements de soins, contre à peine 82 % chez les Assurances maladie complémentaires (AMC). Le reste finance des tours de verre à La Défense, des campagnes de pub télévisées avec des grands-mères qui font du yoga et des armées de courtiers. 

Plutôt que d’ergoter sur la « lisibilité pour les assurés » et les « simulateurs de remboursements », les quatre experts pourraient conseiller de basculer tout ce petit monde dans un même régime obligatoire, une fusion pure et simple. Cette AMI (Assurance maladie intégrale) aurait un déficit réduit de moitié1. Plus de double casquette, plus de contrats responsables délaissés sournoisement par les mutuelles « sociales », plus de 100 % santé « non géré », plus de paperasse en double… Tout passe par une seule caisse, sans pubs ni commerciaux. 

Mais ne rêvons pas ! Le mot « Grande Sécu » est tabou depuis qu’Olivier Véran s’y est cassé les dents en 2021 face aux lobbys. Alors, pour ne pas effrayer les assureurs qui crient déjà au meurtre, le Gouvernement nous sort un nouveau concept : le « bouclier sanitaire » – notion aussi floue qu’une radiographie ratée. 

L’idée ? Plafonner le reste à charge des patients et laisser la Sécu payer au-delà d’un certain seuil. C’est technique, difficile à suivre pour le quidam, et malgré les protestations de façade de dirigeants d’AMC, ça permet surtout de ne pas fâcher les complémentaires qui continueront à délaisser les contrats responsables pour nous vendre du « confort » et des « surcomplémentaires » inutiles.

Marc Sabek

1er Vice-président des CDF

Politique

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