Aujourd’hui, toute audace entrepreneuriale devient une folie, l’ambition une naïveté et le développement une prise de risque absurde.

L’impôt sur la fortune des Français les plus riches n’a pas été adopté cette fois-ci. Les fortunés ont échappé à la taxe Zucman, mais personne n’a été épargné par l’agitation médiatique qu’elle a suscitée ! À longueur d’antennes, il fallait écouter ces capitaines d’industrie qui menacent de lever l’ancre, fortunes sous le bras, direction la Suisse ou Dubaï. Du grand spectacle médiatique, frissons patriotiques garantis et éditorialistes en émoi !

Mais personne n’évoque les conséquences désastreuses des débats budgétaires improvisés – même inaboutis – et leur effet destructeur sur le petit entrepreneuriat, celui des moins de dix salariés, acteurs essentiels de la stabilité du tissu social. Qui s’inquiète de l’architecte qui renonce à embaucher un stagiaire, du médecin qui décide de ne plus travailler le samedi ? Qui se préoccupe du chirurgien-dentiste qui cesse d’accueillir de nouveaux patients ou de la pharmacienne qui renonce à agrandir son officine ?

Esclaves ou sisyphes d’une société fragmentée et qui n’a plus d’ancrages visibles, les petits entrepreneurs contemplent leur rocher fiscal avec un sourire amer. Chaque année, la pente devient plus raide. Chaque débat parlementaire ajoute une couche d’incertitudes supplémentaires. Alors ils font le seul choix rationnel qui s’offre à eux, le repli sur soi et l’entrepreneuriat a minima. Ils écartent l’idée de la croissance économique enthousiasmante et choisissent le surplace. Ils émigrent – non pas physiquement, mais existentiellement – dans des cercles toujours plus restreints de leur activité. Pourquoi s’investir davantage ? Pourquoi travailler plus ? Pourquoi embaucher et s’épuiser à développer ses équipes ? Si c’est pour voir les trois quarts de son effort partir en prélèvements obligatoires avec des taux qui grimpent au gré des surenchères indécentes dans un Parlement qui tangue comme un café du commerce à 3 heures du matin, après la cinquième tournée ?

Depuis des années, la discussion des lois de finances, par sa tenue autant que par son contenu, détruit ou fait fuir chaque année des forces vives, créatrices de richesses. En 2025, nous atteignons des sommets ! Aujourd’hui, toute audace entrepreneuriale devient une folie, l’ambition une naïveté et le développement une prise de risque absurde. Pourquoi diable faire plus ? Vraiment, pourquoi ?

Quand, avec une légèreté obscène, des parlementaires retournent leurs vestes une, deux, trois fois… sans vergogne, votant des taxes, encore des taxes ; la seule stratégie viable pour l’entrepreneur libéral est le retrait. Faire moins, gagner moins, mais dormir tranquille. Fermer discrètement la porte de son ambition et renoncer pour préserver ce qui reste de sérénité face à des gouvernants irresponsables. Ainsi se détruit notre économie, lentement mais à grande échelle, non dans le fracas d’une révolution, non dans le départ bruyant de milliardaires, mais dans le silence feutré de millions de micro-renoncements qui n’ont trouvé d’autre refuge que leur exil intérieur ! 

Marc Sabek

1er Vice-président des CDF

Politique

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