“L’étudiant reste un rang, et l’odontologie une case que l’on coche quand le rang le permet.”
Un décret vient de paraître pour remplacer le PASS et la LAS par une « licence portail santé » à la rentrée 2027-2028. Ce sera la quatrième réforme de l’accès aux études de santé en 56 ans et la troisième en 17 ans : numerus clausus en 1971, PACES en 2010, PASS/LAS en 2020 avec un numerus apertus qui a disparu en juin 2025, au profit d’une intention d’adapter les effectifs aux besoins territoriaux estimés par l’ARS et soumis aux capacités universitaires.
Dernièrement, la Cour des comptes jugeait « complexe et mal conçu » le système du PASS/ LAS. Le décret préconise, pour la rentrée 2027-2028, le retour vers une voie unique avec un cadre national constitué de trois blocs dans lesquels chaque université choisit où elle place ses 60 crédits ECTS** avec un seul redoublement possible. Réjouissons-nous, fini le choix cornélien entre PASS et LAS.
D’après le mode d’emploi, le classement final s’établira en « tranches de niveau », pour chacune des 37 mentions de licence proposées par les universités, sur les seules notes du bloc santé. Le dilemme a juste changé d’objet : quelle mention choisir pour être mieux placé ? L’étudiant reste un rang, et l’odontologie une case que l’on coche quand le rang le permet. Pour le diable et ses détails, coefficients, places et seuil de redoublement attendent des arrêtés, à quelques semaines d’un Parcour sup déjà promis à la casse. Dans ces conditions, les doyens, ceux d’odontologie compris, demandent un an de plus avant de plonger dans cette nouvelle réforme. Nous pouvons les comprendre. Si le portail change, les clés d’accès sont toujours obtenues par des méthodes qui évaluent essentiellement l’art de retenir vite, beaucoup et sous pression.
Alors, pourquoi ne pas tenter le chifoumi ? J’exagère à peine ! En 2017, le tirage au sort s’est invité dans la PACES francilienne, avant d’être annulé en catastrophe. Les Pays-Bas, eux, l’ont proscrit en 2017, puis réautorisé en 2023, au nom de la diversité. Le hasard a une vertu : il ne prétend pas à la pertinence de sa sélection. Mais alors, à quel moment vérifie-t-on la dextérité d’un futur chirurgien-dentiste, ou la raison pour laquelle il veut soigner des bouches plutôt que des coeurs ?
Le vrai sujet serait-il ailleurs ? Depuis 2022, les nouveaux inscrits à l’Ordre, diplômés hors de France, sont les plus nombreux. Ainsi, pendant que nous peaufinons la porte d’entrée des études, d’autres sont grandes ouvertes à qui peut payer, celles de formations médicales européennes. Aucune réforme n’a encore réglé les questions des moyens et des capacités de nos facultés.
Oui, l’évolution semble aller dans le bon sens, cette fois encore. Mais une réforme ne se juge ni à son organigramme ni à ses intentions affichées. Les arrêtés à venir feront-ils de ce portail une vraie porte, ou un portillon de plus à remettre en chantier ?