Invitée des Contrepoints de la Santé (1) le 11 février, sur le thème « la santé face aux crises », la ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Stéphanie Rist, a revendiqué une ligne d’action d’abord pragmatique : « chaque jour doit être utile ».
Dans un contexte d’instabilité politique et après une succession rapide de ministres de la Santé, Stéphanie Rist assume une approche de déblocage dossier par dossier, avec un objectif central : restaurer la confiance – des professionnels comme des patients – et rendre visibles les solutions concrètes sur les territoires.
Une méthode “décrets”
La ministre insiste ainsi sur un point rarement mis en avant : l’exécution des lois. Nombre de textes votés restent inappliqués faute de décrets, pour des raisons techniques, juridiques ou budgétaires. Au ministère, dit-elle, un suivi hebdomadaire vise à accélérer ces publications, avec une volonté affichée de transparence sur ce qui bloque. Le message qu’elle souhaite passer est clair : l’efficacité passe par la mise en oeuvre.
Santé : progrès revendiqués, inquiétudes persistantes
Face à une perception de dégradation du système de santé, la ministre affirme au contraire que des progrès sont déjà mesurables : montée en charge du Service d’accès aux soins (SAS), développement des rendez-vous de soins non programmés via les CPTS, extension de compétences (ex. vaccination en pharmacie). L’accès aux soins reste toutefois difficile et anxiogène pour une partie des Français, reconnaît-elle, ce que confirme une étude ViaVoice présentée durant l’émission.
Financer durablement la Sécurité sociale
La ministre dit par ailleurs être « empêchée de dormir » par le financement du modèle social. Si la maîtrise du déficit est indispensable, il est impossible d’ignorer la dynamique démographique et l’augmentation des maladies chroniques. Elle souhaite nourrir un débat de société – potentiellement présidentiel – sur les ressources (cotisations, impôt, part du PIB), le périmètre de remboursement et l’articulation entre Assurance maladie obligatoire et complémentaires. Un chantier sensible pour les professions de santé, en particulier les chirurgiens-dentistes, où le reste à charge et les choix de couverture conditionnent fortement le recours aux soins.
Virage ambulatoire, formation et numérique
Stéphanie Rist juge le modèle de financement ville- hôpital « au bout » et pousse pour un virage ambulatoire réel : soigner davantage en ville, fluidifier l’exercice mixte ville-hôpital, sans « supprimer l’exercice libéral ». La réponse passe aussi, selon elle, par former davantage de médecins, refonder la formation infirmière (avec une universitarisation) et sécuriser la 4e année de médecine générale (docteurs juniors en novembre 2026). Sur le plan numérique, la priorité, à ses yeux, est d’améliorer l’usage du DMP, renforcer la sécurité et migrer l’hébergement du Health Data Hub vers une « solution souveraine ».
Lucien Sague
(1) Débats mensuels animés par les journalistes santé Renaud Degas et Pascal Maurel.
Les Français veulent de la coordination à tous les étages
Une étude Viavoice, présentée lors de l’émission, fait ressortir que les Français ne réclament pas une nouvelle réforme, mais un système de santé qui fonctionne mieux. 37 % estiment que l’amélioration passe par une meilleure coordination entre l’État, les ARS et les collectivités. 80 % soutiennent l’élargissement des compétences des soignants, mais seuls 48 % jugent la coordination satisfaisante. Pour 26 %, mieux coordonner les professionnels serait même plus efficace, contre les déserts médicaux, que recruter davantage.