Le Groupement des associations dentaires francophones (GADEF) réunit 25 organisations représentatives des chirurgiens-dentistes d’Europe et d’Afrique, dont les CDF. Son siège est situé à Paris, dans les locaux de la Confédération. Depuis trois ans, il est présidé par le Dr Jean-Philippe Haesler, président de la Société suisse des médecins-dentistes (SSO), que nous avons croisé au congrès de l’ADF. L’occasion de faire le point sur les actualités de cette instance au service de la science et de la formation des praticiens !
Vous avez été élu président du GADEF en novembre 2022. Quel premier bilan tirez-vous de votre mandat ?
Dr Jean-Philippe Haesler : Nous avons avancé, même si ce n’est pas à la vitesse espérée. Nous avons ainsi, par exemple, créé deux commissions l’an dernier. Une commission scientifique, pilotée par la Pr Norina Forna (Roumanie), l’une des deux vice-présidentes du GADEF. Son objectif, dans l’immédiat, est de mettre à jour notre liste de personnes de contact au sein de chaque association membre du Groupe ment et, si possible, d’élaborer une liste de conférenciers qualifiés par spécialité, disponibles pour intervenir lors de conférences, congrès ou sessions de formation. Certains pays en manquent cruellement et cela les aidera à compléter leurs programmes scientifiques. Car l’une de nos missions est, pour rappel, de promouvoir la formation initiale et continue en odontologie (lire encadré). Nous finançons même, à ce titre, le déplacement de certains formateurs. Nous avons par ailleurs créé une commission dédiée à la communication au sein du GADEF, pilotée par le Dr Landry Matsimi Makita (Congo-Brazzaville), notre secrétaire général. Nous manquons encore de visibilité et souhaitons mieux nous faire connaître.
Donner un « nouveau souffle » au GADEF figurait en effet parmi vos priorités, lors de votre prise de fonction…
J.-P. H. : Le Groupement avait grandement pâti de la crise Covid et nous souhaitions le redynamiser. Nous avons donc créé un site web pour présenter le GADEF, faciliter le partage de connaissances et d’expertises entre ses membres et mettre à disposition des chirurgiens-dentistes un certain nombre de ressources relatives à la formation initiale et continue. Nous avons également ouvert un compte sur Facebook ainsi qu’une page LinkedIn. Mais le nombre d’abonnés et d’interactions n’a pas encore décollé, je dois bien l’avouer. Pour y remédier, nous avons confié une partie de l’animation de ces plateformes à de jeunes confrères, plus aguerris aux contenus numériques. Nous espérons que 2026 marquera enfin une « montée en puissance ». La révision de nos statuts, pour les simplifier et les rendre plus opérationnels, est également en cours.
Quelles sont vos autres ambitions pour 2026 ?
J.-P. H. : Avant la pandémie, le GADEF intervenait régulièrement dans des congrès dentaires francophones. Notre objectif est de réinstaurer nos sessions de formation au sein de ces grandes manifestations. Dans cette optique, nous avons évoqué le sujet lors du congrès de l’ADF 2025. Les secrétaires généraux, Julien Laupie et Doniphan Hammer (par ailleurs membre du bureau du GADEF) sont séduits par l’idée. Si ce n’est pas possible en 2026, nous essaierons de le concrétiser en 2027. Bien sûr, même sans formation estampillée « GADEF », nous continuerons, comme c’est déjà le cas actuellement, à nous rendre dans les grands événements de la profession et/ou de la francophonie pour aller à la rencontre des praticiens et échanger. Je suis ainsi intervenu, en novembre dernier, au Sommet mondial francophone à Bucarest pour présenter le Groupement, la médecine dentaire en Europe ainsi que les écarts d’accès aux soins entre l’Europe et l’Afrique, par exemple.
Les membres du Bureau
Président : le Dr Jean-Philippe Haesler (Suisse)
Vice-présidents : le Pr Norina Forna (Roumanie) pour la région Europe et le Dr Ahmed Ba (Mali) pour la région Afrique.
Secrétaire général : le Dr Landry Matsimi Makita (Congo-Brazzaville)
Trésorier général : le Dr Doniphan Hammer (France), par ailleurs secrétaire général de l’ADF et membre des CDF.
Comment travaillez-vous ?
J.-P. H. : Nos réunrions se tiennent en visio, ce qui facilite nos échanges. En revanche, il est vrai que nos attentes ne sont pas toujours les mêmes. En Europe, la profession débat beaucoup sur la démographie professionnelle, la régulation, la reconnaissance des diplômes étrangers et la qualité de la formation. En Afrique, les priorités demeurent la formation initiale, la disponibilité des formateurs, l’accès aux équipements ou aux consommables. Trouver un terrain d’action commun n’est pas simple. La situation politique dans plusieurs pays africains limite également certaines de nos initiatives. En Europe, un congrès se prépare un à deux ans à l’avance, ce qui nous laisse la possibilité d’envisager un programme sur lequel nous pourrions intervenir. En Afrique, les organisateurs ne savent pas toujours si un événement, même dans quelques mois, pourra être maintenu, ce qui nous fait sincèrement mal au coeur. Nous ne pouvons pas lutter contre cette instabilité, ni nous substituer aux autorités nationales. Nous sommes également bénévoles, avec des ressources humaines et financières limitées. Mais nous essayons, à notre niveau, de fédérer les acteurs de santé autour d’une conviction forte : les soins bucco-dentaires ne doivent pas être un privilège mais un droit.
Le saviez-vous ?
Le GADEF a été créé en 1971 par la CNSD, devenue, depuis, les CDF. L’instance est composée de 25 associations ou syndicats dentaires francophones issus de France, Suisse, Belgique, Roumanie, Bulgarie mais aussi d’Afrique, dont la SSO et les CDF. Elle a notamment pour mission de contribuer au progrès de la science, au développement de la formation initiale et continue, à la promotion de la profession dentaire ainsi qu’à l’amélioration de la santé publique dans le monde.
Propos recueillis par Laura Chauveau