On comprend facilement les causes de l’échec qui confine au désastre (taux de participation de 37 % au cours des trois premiers mois ! )

Sur un forum d’échanges entre chirurgiens-dentistes, une consoeur signale n’avoir reçu aucun paiement de la part de la complémentaire « M.E. » pour plusieurs EBD réalisés et ce malgré des réclamations déposées via la plateforme Inter-AMC. Elle apprend par la suite que « M.E. » n’adhère pas à l’association Inter-AMC, rendant la réclamation inopérante et nécessitant un conventionnement direct avec cet organisme (selon des conditions et un contrat spécifiques). Elle contacte alors la CPAM qui lui répond : « Dans ce cas, vous facturez la part complémentaire au patient ! », ce qui serait parfaitement illégal !

Comme Nathalie, des milliers de chirurgiens-dentistes ont été piégés par l’inextricable complexité de l’EBD. La vérification des droits à la complémentaire santé a été transférée au chirurgien-dentiste. Il doit désormais jongler avec la multiplicité des attestations, vérifier leur validité, suivre les changements de contrats des patients et connaître les spécificités de chaque organisme.

Vient ensuite le suivi des paiements, devenu un véritable casse-tête. Au lieu d’un virement unique et prévisible de l’AMO, les praticiens doivent maintenant pointer deux lignes de paiement par acte, provenant de deux entités différentes avec des délais variables. La gestion des rejets et des impayés, auparavant exceptionnelle, est devenue une tâche courante et complexe, chaque AMC ayant ses propres procédures de réclamation. On comprend facilement les causes de l’échec qui confine au désastre (taux de participation de 37 % au cours des trois premiers mois ! ).

Pourtant, depuis le début des discussions conventionnelles, nous avons mis en garde contre la complexité de ce qui était proposé. Nous avons exigé un payeur unique, l’AMO, comme c’est le cas pour tous les actes du panier « complémentaire santé solidaire ». Malheu reusement, les dirigeants de l’Assurance maladie paraissent totalement coupés de la réalité quotidienne des soignants. Plutôt que d’apporter des réponses concrètes aux dysfonctionnements, ils préfèrent dépenser des millions d’euros dans une campagne publicitaire de « promotion » aussi inutile que trompeuse.

La campagne sera lancée sous le signe de l’examen « gratuit » ou « offert ». L’idée est apparemment d’intimider le praticien. En incitant le public à « profiter » de l’examen « gratuit », l’administration de l’Assurance maladie essaie de faire pression sur le chirurgien- dentiste pour qu’il se soumette et accepte, sans contrepartie, sans garanties, tous les risques et toutes les contraintes d’une usine à gaz dont personne ne comprend la finalité.

Faute de pragmatisme et d’une capacité à rectifier ses erreurs dans l’intérêt de la santé publique, l’UNCAM ressort ses vieilles recettes indigestes : culpabiliser et punir les professionnels de santé. Cette fois-ci, faire payer aux chirurgiens-dentistes le coût exorbitant d’un EBD monstrueux, fruit de l’inconséquence technocratique.

Marc Sabek

1er VICE-PRÉSIDENT DES CDF

Politique

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