Si nous voulons améliorer la santé bucco-dentaire de nos enfants, encore faut-il être en mesure d’évaluer et de quantifier objectivement les besoins et être en capacité de recevoir les patients

Il plaît à certains, et notamment à l’Assurance maladie, de rappeler publiquement que 88 % d’enfants de 12 ans sont indemnes de carie en Allemagne, par opposition à nos « modestes » 56 % en France. Cette comparaison destinée à pointer le bon élève est régulièrement mise en avant(1) pour introduire le nécessaire « changement de paradigme » en prévention bucco-dentaire. Outre que la profession n’a pas attendu 2024 pour faire de la prévention, la question est plutôt de savoir si ces chiffres sont réellement comparables ?

En réalité, la méthode de calcul de l’indice CAO (DMFT en anglais), choisie pour évaluer la santé bucco-dentaire, varie considérablement d’un pays à l’autre. Une étude de 2016(2) identifie pas moins de sept items rendant ces comparaisons non fiables : échantillons, critères d’évaluation, formation des examinateurs, et surtout l’année de collecte des données.

Non seulement la comparaison des chiffres allemands avec les données françaises n’a aucune pertinence de ce point de vue mais c’est encore oublier que pour la France, la dernière enquête date de… 2006. Depuis, plus rien. À période équivalente, ce taux était lui-même de 60 % en Allemagne ! Ce qui explique que l’Allemagne, avec des données actualisées et des investissements constants, est en mesure d’afficher un tel taux d’enfants de 12 ans indemnes de carie de 80 % en 2016 !

Cessons donc de mélanger des choux et des carottes et de comparer des chiffres de fait incomparables.

Ajoutons à cela une démographie professionnelle deux fois plus importante chez nos voisins allemands. Et par conséquent, un accès aux soins plus difficile sur notre territoire…

La carie reste une pathologie fortement liée aux inégalités socio-économiques(3). Si nous voulons améliorer la santé bucco-dentaire de nos enfants, encore faut-il être en mesure d’évaluer et de quantifier objectivement les besoins et être en capacité de recevoir les patients.

Cela suppose de définir des critères adaptés afin de collecter des données fiables. Il est temps d’agir, et vite.

Julien Cardona

Secrétaire général adjoint

(1) L’état de santé de la population en France – Indicateurs associés à la loi relative à la politique de santé publique – Rapport 2007
(2) Patel R.N., Eaton K.A., Pitts N.B., Schulte A., Pieper K. et White S. : Variation in methods used to determine national mean DMFT scores for 12-year-old children in European countries, Community Dental Health (2016) 33, 286–291
(3) Caries status in 12-year-old children, geographical location and socioeconomic conditions across European countries: A systematic review and meta-analysis

Politique

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