Un résultat porteur d'espoir

24 avril 2021
Thierry Soulié, président confédéral, analyse les résultats de l’élection aux URPS dont dépend la représentativité syndicale. La « déculottée » promise n’a pas eu lieu, bien au contraire, puisque la Confédération a rassemblé plus de voix qu’en 2015. Le fait marquant de ce scrutin est la bipolarisation de la profession tant syndicalement que géographiquement. Confortés par ce résultat, et conscients des difficultés à venir, les CDF continueront à œuvrer pour l’ensemble de la profession ainsi que pour la défense de tous les exercices.

TS

Les CDF : Quel est votre sentiment après les élections URPS ?

Thierry Soulié : Le premier sentiment est évidemment la déception de ne pas avoir remporté ce scrutin, mais avec le recul, il y a des points positifs dans ce résultat.

Lesquels ?

T. S. : Clairement nous n’étions pas favoris, je n’ai jamais cessé de dire que nous étions des outsiders. Mais après la défaite de 2015, alors qu’on nous promettait en 2021 une « déculottée », nous avons redressé la situation et consolidé dans de nombreux endroits notre ancrage syndical, en province essentiellement.

Notre problème, qui ne date pas d’hier, vient en grande partie de l’Île-de-France et de PACA. Victimes d’une démographie défavorable, de la concurrence croissante des centres et de charges plus élevées, les confrères de ces régions ont des difficultés, dont se sont servis nos adversaires pour promettre tout et n’importe quoi.

Pourtant, dans ces deux régions, la FSDL, déjà largement majoritaire depuis 5 ans (10 ans en Île-de-France), n’a rien pu faire pour endiguer ces phénomènes. Il suffit pour cela de marcher dix minutes dans Paris. Un de nos objectifs désormais sera de démontrer à nos consœurs et nos confrères franciliens ou de PACA que les CDF travaillent pour eux, que la liberté tarifaire préservée dans la Convention leur a bien plus apporté que le plafonnement total du Règlement arbitral. Nous sommes de vrais libéraux, et regardons l’évolution de la chirurgie-dentaire avec lucidité : maintenir l’illusion corporatiste, c’est les tromper.

Assumer une Convention, par nature clivante, et dont nos adversaires principaux se sont servis pour sans cesse nous dénigrer, tout en rassemblant plus largement qu’il y a 5 ans, était par ailleurs loin d’être acquis.D’autant plus que le contexte sanitaire nous a empêchés d’aller à la rencontre des praticiens et de nos 10 000 adhérents : nous nous sommes adaptés pour réaliser une campagne à distance qui sensibilise un maximum de consœurs et de confrères afin de les inciter à voter. Et c’est heureux car le taux de participation de 42,48 %, bien que supérieur à celui des médecins (22,7 %), montre que ces élections ne sont pas la préoccupation majeure des chirurgiens-dentistes et, au-delà, des autres professionnels de santé. Cela devrait d’ailleurs inciter les gouvernants à réfléchir !

Pouvez-vous préciser ?

T. S. : Définir une représentativité syndicale selon un mode démocratique est sans doute une bonne chose, mais qu’observe-t-on ? On assiste à une diminution constante de la participation, signe évident d’une perte d’attractivité, mais aussi à l’instauration de divisions internes et à des clivages qui seront de plus en plus difficiles à effacer. Avec au final, la perte de représentativité pour certains et l’apparition d’une bipolarité entre deux blocs : signataires d’un côté, non-signataires de l’autre, alors que la politique n’est pas aussi manichéenne.

99 % des chirurgiens-dentistes*, et l’intégralité des candidats URPS, sont signataires de la Convention. Avons-nous observé un déconventionnement massif des éternels râleurs des réseaux sociaux ? Connaissant le tempérament français qui manifeste plus facilement son mécontentement que sa satisfaction, il sera désormais difficile de trouver des accords, puisque depuis dix ans, quelles que soient les professions, les signataires sont le plus souvent sanctionnés lors des scrutins. Cela représente un danger pour la profession qui, à terme, laissera au gouvernement toute latitude pour faire passer ses choix sans négociations comme nous avons failli le vivre avec le Règlement arbitral. Les confrères ont-ils bien perçu ce danger ?

Vous avez donc intérêt à vous unir plutôt qu’à vous diviser...

T. S. : Dans l’absolu, c’est ce qu’il faudrait faire. Nous l’avons tenté mais cela n’a pas duré longtemps dans la mesure où la représentativité fondée sur une compétition entre les syndicats exacerbe les rivalités. C’est donc illusoire ! Puisque je fais allusion au Règlement arbitral, personne n’en voulait et tout le monde était d’accord pour dire qu’il était mortifère et qu’il fallait tout tenter pour le faire sauter. Il y avait unanimité là-dessus. Mais c’était il y a quatre ans. Qui s’en souvient aujourd’hui ? On a même lu sur certains réseaux sociaux qu’il valait mieux le règlement arbitral (RA) à la Convention !

Dire que les CDF sont responsables de la mise en place des plafonds est aussi stupide que faire croire que la FSDL aurait été en mesure de les éviter ou qu’elle les fera disparaître. Les plafonds étaient inscrits dans le RA. Ils étaient une volonté de tous les politiques et si nous avions refusé une nouvelle négociation, ils auraient été mis en place bien avant et de manière plus douloureuse. En temps normal, tout le monde peut comprendre cela. En période électorale, cela prend un relief particulier avec tout ce que cela comporte d’irrationnel et d’esprit partisan.

Nous remercions sincèrement celles et ceux qui le reconnaissent et qui nous ont manifesté leur soutien, mais nous aurions aimé qu’ils soient plus nombreux.

Comment voyez-vous la suite ?

T. S. : La FSDL est arrivée en tête, c’est à elle qu’il faut poser la question. Elle s’est engagée à négocier une « autre » Convention. Nous verrons bien ce qu’il adviendra. Mais ça veut dire quoi une « autre » Convention ? Il est temps qu’ils se confrontent à la réalité, à savoir le cadre strict des négociations conventionnelles défini par l’État et surtout l’obtention d’une signature par les autres négociateurs : assurance maladie obligatoire et complémentaire.

Et s’ils n’y arrivent pas, sont-ils résolus à casser la Convention actuelle avec le risque d’un nouveau Règlement arbitral ? Ils ne pourront plus s’abriter derrière les actuels signataires ! Nous les laisserons totalement libres de défendre leurs options, comme nous l’avons d’ailleurs toujours fait.

Mais si on se fie à leur histoire, vu qu’ils n’ont jamais rien signé, la profession pourrait faire du sur-place, voire régresser. Il ne faut pas oublier que ce syndicat est populiste...

Populistes, en dentaire, n’exagérez-vous pas ?

T. S. : Non, le populisme existe aussi chez nous et nous l’avons sous les yeux. Il faut que nos confrères s’en rendent compte. En 2015, on pouvait parler de vote contestataire : la FSDL a obtenu la majorité mais pour quel résultat ? En fait, elle surfe dangereusement et capitalise sur le mécontentement en faisant porter toute la responsabilité sur les autres.

Aujourd’hui, elle laisse penser que si elle est encore majoritaire elle règlera les problèmes qu’elle n’a su traiter précédemment. La somme des partisans du « contre » n’a jamais fait une politique de résultats, puisqu’elle n’a jamais rien obtenu.

Comment définir une politique qui consiste à faire le grand écart entre des confrères, en total désaccord, en leur promettant tout et son contraire ? C’est ni plus ni moins du populisme. Et le discours qui consiste à dire que tout va mal à cause des CDF trouve aujourd’hui ses limites !

Que proposent les CDF, et qu’est-ce qui vous différencie ?

T. S. : Un langage de vérité et des actions concrètes pour tous les praticiens, tout en ayant conscience qu’on ne peut plaire à tout le monde. Nous n’agissons pas en faveur de certains contre d’autres. Notre politique se définit dans sa globalité et notre difficulté consiste à respecter les grands équilibres.

Cette attitude de responsabilité porte ses fruits. Dans un contexte difficile, nous avons progressé presque partout et conquis de nombreuses régions à la majorité absolue. De plus en plus de jeunes ont découvert ou redécouvert notre syndicat et reconnaissent notre expertise, le travail réalisé et ce que nous apportons à la profession.

C’est encourageant pour la poursuite de notre transformation. Dès la rentrée prochaine, nous proposerons de nouvelles perspectives à nos syndiqués et à nos confrères qui amélioreront leur exercice au quotidien. Avec nos services, nos publications, notre journal scientifique, nos formations et nos 300 cadres locaux, les CDF sont aujourd’hui une structure robuste dont chaque praticien peut bénéficier. Nous continuons le vrai travail, en dehors des pièges politiques tendus par le gouvernement. Il reste tant de choses à faire !

*118 chirurgiens-dentistes sont non-conventionnés (source : Observatoire des dépenses de santé)