Pouvoir d'influence

5 octobre 2021
Au-delà de l'acte de soin, la dimension psychologique est essentielle. Dans une interview, le Dr Koula Asimakopoulou, psychologue de la santé, nous explique pourquoi les sciences du comportement devrait faire partie du cursus universitaire des étudiants.

CDF : Dr Asimakopoulou, qui êtes-vous ?

Je suis psychologue de la santé, ce qui signifie que je m'intéresse aux sciences du comportement pour comprendre et prévoir comment les gens prennent des décisions concernant leur santé. Je suis avant tout une universitaire, mais aussi une psychologue praticienne. Je travaille principalement dans le domaine de la dentisterie, tout en m’intéressant à des questions plus larges. Actuellement, je collabore avec une équipe internationale de chercheurs sur les comportements des personnes vis-à-vis de l'utilisation des vaccins ou le respect du confinement pendant la pandémie de la COVID.

Comment en êtes-vous venue à travailler dans le domaine de l'odontologie ?

Mon doctorat et mes premières recherches portaient sur le diabète - j'ai travaillé avec des patients pour comprendre si les impacts cognitifs de la maladie avaient également un impact sur les activités d'autogestion du diabète, comme les changements de régime alimentaire ou les tests de glycémie.Le diabète et la santé orale étant liés, je me suis retrouvé dans le domaine de la dentisterie en 2007, lorsque j'ai accepté un poste de maître de conférences au King’s College de Londres.

Le milieu de la recherche et de la clinique n'étaient probablement pas très peuplé de psychologues à cette époque : comment cela a-t-il été reçu et les choses ont-elles changé ?

Vous avez tout à fait raison. C'était vraiment inhabituel pour une faculté d’investir dans les sciences comportementales. Trois grandes personnalités de la recherche internationale qui travaillent au King’s College, Tim Newton, Jenny Gallagher et Nairn Wilson ont vu que les scientifiques comportementaux avaient beaucoup à offrir aux équipes dentaires. C'est ainsi que mon voyage a commencé. Notre équipe est toujours présente, mais nous sommes désormais de nombreux psychologues praticiens. Depuis, d’autres universités se sont également ouvertes à l’idée que les psychologues travaillant en dentisterie sont un “must” plutôt qu’un “extra optionnel” !

Quels ont été les principaux défis au cours des dix dernières années ?

Lorsque différentes disciplines se rencontrent, la principale difficulté est la compréhension de ce que l'autre peut offrir. Nous, psychologue, ne "lisons pas dans les pensées" et ne passons pas notre temps à écouter les problèmes des gens pendant qu'ils sont allongés sur un divan ! En dépit des écueils rencontrés, les chirurgiens-dentistes nous ont accepté rapidement, considérant l'apport psychologique comme essentiel à leur pratique quotidienne.

La psychologie comportementale devrait-elle être intégrée dans les programmes d'enseignements?

Absolument. Au King’s College, la psychologie est présente tout au long des cinq années du programme d’enseignement. Il s’agit d’appréhender des concepts clés comme la communication avec les patients, l'anxiété dentaire, en passant par des sujets tels que l'effet placebo ou la compréhension des jugements sociaux sur la base d'un sourire. Comme vous pouvez vous y attendre, je pense que la psychologie est un élément central du programme de premier cycle - aussi central que la composante clinique. Nos étudiants deviennent des praticiens une fois qu'ils nous quittent. Or la recherche nous dit que les patients les jugeront rarement sur la base de leur dentisterie, mais bien plutôt sur des compétences psychologiques, telles que l'empathie, la compréhension et ainsi de suite. Il est vraiment important de comprendre l'être humain dans son ensemble et son fonctionnement.

Quels sont les sujets brûlants de la psychologie comportementale ?

Chaque psychologue a son propre sujet d'actualité, mais dans mon domaine, je m'intéresse à la façon dont nous pouvons aider les gens à changer leur mode de vie pour améliorer leur santé bucco-dentaire. Ainsi, l'adhésion du patient aux instructions de l'équipe dentaire, la communication entre le dentiste et le patient, la préparation des gens à la chirurgie, le changement de comportement face à l'hypersensibilité dentinaire, les soins dentaires centrés sur la personne, l'informations sur les risques pour soutenir la prise de décision et le changement de comportement.... La liste est longue !

Vous avez récemment créé un réseau, appelé BeCinD. Pouvez-vous nous le présenter ?

BeCinD (prononcez Be Kind) est l'acronyme du réseau Behaviour Change in Dentistry.  Il s'agit d'une collaboration internationale entre des cliniciens, éducateurs, psychologues et équipes dentaires. Tous ont un intérêt commun pour la recherche, la compréhension et l'application pratique de la science du changement de comportement fondée sur des données probantes pour améliorer la santé bucco-dentaire. Je codirige ce projet avec le Dr George Kitsaras à Manchester.

Becind
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