Notre autonomie est gage d'efficacité et de qualité de service

13 septembre 2021
Eric Quièvre, le nouveau président de la Caisse autonome de retraite des chirurgiens-dentistes et des sages-femmes (CARCDSF), élu en juillet dernier, détaille les enjeux auxquels est confrontée la Caisse et insiste sur l’importance de voir préservée son identité.

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Quelles sont vos ambitions pour la Caisse ?

Éric Quièvre : Dans la période qui vient, ce qui va nous occuper le plus, c’est le retour de la réforme des retraites. Pour l’instant, on ne sait pas encore quels en seront le périmètre et les objectifs. La question est de savoir si nous allons revenir à la version initiale du projet qui avait, en quelque sorte, été tuée dans l’œuf par la Covid. Elle prévoyait la fin des quarante-deux régimes spéciaux existants au profit d’un système universel par répartition fonctionnant par points. Se limitera-t-on cette fois, uniquement, à des modifications qui ne seront que d’ordre technique en jouant sur divers paramètres (âge légal de départ à la retraite, durée de cotisation...) ? Dans tous les cas, notre ambition est de défendre notre pré carré et de préserver l’autonomie de la Caisse.

Quid des réserves ?

É. Q. : Je rappelle qu’elles sont faites pour passer un cap démographique. Dans notre profession, nous assistons, aujourd’hui, à de nombreux départs à la retraite tandis qu’un certain nombre de jeunes praticiens arrivent. Entre les deux, la génération des professionnels qui ont quarante ans est assez peu nombreuse. Pour éviter d’avoir, dans un système par répartition pure, une augmentation importante des cotisations, la CARCDSF a constitué des réserves. Dans la première version de la réforme, l’État s’était engagé à préserver les droits acquis en la matière. Ils affirment cependant que, sur le long terme, nous ne serions, soi-disant, pas aptes à garantir une équité intergénérationnelle. Or, nous pensons, au contraire, qu’en étant au plus près du terrain et au fait l’évolution de la profession, nous sommes plus à même d’assurer un équilibre.

Toujours est-il que le gouvernement n’est pas favorable au maintien de diverses caisses mono ou biprofessionnelles...

É. Q. : C’était du moins un des thèmes de la réforme envisagée. À notre sens, la CARCDSF doit continuer à exister en tant que telle, sauf à imaginer pouvoir nous rapprocher d’autres caisses de professions libérales afin d’atteindre une taille et un mode de fonctionnement qui seraient convergents avec les souhaits du gouvernement. Nous pourrions imaginer, pour tout ou partie de l’activité de la Caisse, des rapprochements avec les autres caisses des professions libérales qui sont confrontées à des problématiques assez proches des nôtres. Mais, dans tous les cas, nous voulons être acteurs de cette évolution. Pour l’instant, rien n’est défini dans la réforme des retraites. À nous d’être vigilants pour préserver à la fois notre autonomie et nos intérêts. Cela implique d’être proactifs et de ne pas se contenter de regarder passer les trains.

Quels sont les autres enjeux auxquels est confrontée la Caisse ?

É. Q. : Encore une fois, le premier élément est la démographie. Les années qui viennent seront marquées par un nombre important de départs à la retraite. Le coût de ces pensions supplémentaires sera compensé en partie en puisant dans nos réserves et en partie par l’arrivée d’un nombre plus important de jeunes praticiens puisque le numerus clausus a été revu à la hausse. En ce qui concerne les sages-femmes, la situation est un peu différente dans la mesure où il s’agit d’une profession très jeune, marquée par un faible nombre de départs à la retraite et un nombre relativement important de cotisants. Sur le plan économique, il est évidemment impératif de conserver une bonne gestion de la Caisse alors que nous sommes confrontés de manière récurrente à des surcoûts imposés par l’État.

Par exemple ?

É. Q. : La récente prise en charge d’indemnités journalières dès le troisième jour, en cas d’arrêt de travail pour cause de maladie. On peut dire que cela part d’une bonne intention et que c’est là une bonne chose car les professionnels libéraux sont ainsi alignés sur les salariés. On peut aussi dire que c’est une ingérence de l’État dans le statut des professions libérales, lequel se caractérise par leur capacité à s’organiser comme elles l’entendent et à décider ce qu’elles veulent pour elles-mêmes.Concernant le fonctionnement de la Caisse en tant que telle, le fait d’avoir des membres du conseil d’administration (CA) qui sont formés aux problématiques des retraites permet d’avoir une gestion serrée sans dépenses indues et avec des coûts minorés. En effet, lorsque vous avez une caisse à taille humaine avec la possibilité d’avoir un regard sur tous les services sans verser dans l’hyperinflation, vous savez où part l’argent. Les dépenses sont alors maîtrisées. Cela nous incite aussi à penser que notre autonomie est gage d’efficacité et de qualité de service.

Avec quelle équipe allez-vous relever tous ces défis ?

É.Q. : J’ai la chance, aussi bien au sein du Bureau que du CA, de travailler avec des gens qui font montre de beaucoup d’envie et qui ont tous le sens de l’engagement. Il y a vraiment une bonne harmonie de travail, y compris avec les sages-femmes, ce qui est quelque chose auquel je tiens énormément. Mon rôle est de créer des synergies. Je ne détiens aucune vérité. Le fait de pouvoir s’appuyer sur une intelligence commune et collective est essentiel, sachant qu’au sein du CA, des jeunes praticiens côtoient des administrateurs plus âgés qui apportent leur sagesse et leur expérience. Les CDF et l’Union des chirurgiens-dentistes retraités (UCDR) se sont associés pour constituer une majorité. Il s’agit uniquement d’une majorité élective car encore une fois, au CA, nous œuvrons de manière fluide avec toutes les entités. En découle une entente qui mérite d’être soulignée. Il n’y a pas forcément une convergence de vues sur tous les points mais sur une grande majorité de sujets. Sans compter une volonté réelle de tous d’œuvrer dans la concorde.

Vous êtes vous-même membre des CDF. Quelle est l’importance, pour le Syndicat, d’avoir des représentants au sein du CA de la CARCDSF ?

É. Q. : Cela permet de regrouper un certain nombre de gens qui ont eu l’occasion de réfléchir aux spécificités et aux problématiques de la profession. Cela permet aussi d’identifier une ligne politique et un regard sur la profession fondés par des retours du terrain. Inversement, le fait de siéger au sein du CA de la CARCDSF permet de savoir ce qu’il s’y passe et d’acculturer les jeunes praticiens qui intègrent les CDF aux problématiques inhérentes aux retraites afin qu’ils soient en capacité de les appréhender en connaissance de cause.

Propos recueillis par Noam Benru.