Libertés individuelles, biens collectifs et valeurs libérales

21 juillet 2020
La décision majeure du gouvernement en période de crise a été la restriction drastique de libertés publiques au nom de l’intérêt général. Mais dès la sortie de cet enfermement collectif et consenti, un débat public intense a balayé l’application « stop-covid », qui devait servir à traquer le coronavirus en suivant les personnes contaminées. La sauvegarde des données personnelles l’a emporté sur la peur d’une résurgence de la pandémie. 

MS

Les libertés professionnelles, déclinaison souvent imparfaite des libertés individuelles, ont été, elles aussi, mises à l’épreuve. Les chirurgiens-dentistes ont été invités à fermer leurs cabinets pour empêcher la diffusion du virus. En l’absence de moyens adaptés pour un exercice sécurisé, tous avaient obtempéré, assumant ainsi leur responsabilité déontologique collective au détriment de leur entreprise libérale. 

Dans une société attachée aux libertés individuelles, l’acceptation de leur encadrement reste subordonnée à des arguments concrets, permettant de convaincre une majorité que la mesure est « légale-rationnelle »1. Dans notre profession, aussi diverse que la société, seule une logique de proportionnalité, assurant l’adéquation entre les mesures imposées et les objectifs visés, permet au droit d’évoluer. 

Ce rappel n’est pas vain. Au sein d’un environnement social affolé par les conséquences économiques désastreuses de la crise sanitaire, les propositions vers davantage de réglementations se multiplient dans « … un pays de légistes, mais sans culture du droit »2. Un exemple : le projet d’un régime obligatoire d’indemnités journalières des arrêts maladie pour les professionnels libéraux. Un dispositif qui serait imposé, avec des cotisations galopantes… alors que l’actuelle adhésion volontaire, libre, est ouverte à chacun, avec un choix de la couverture qui répond le mieux à ses besoins… 

Plutôt que de rajouter au mille-feuilles réglementaire, nous avons le devoir de concentrer nos moyens, toutes instances professionnelles confondues, pour renforcer la trilogie de nos valeurs libérales fondamentales. 

La première est la solidarité. Culturellement, elle ne peut être imposée. Elle fleurit lorsqu’elle est vécue comme résultant de l’appartenance à un groupe auquel on rattache son propre sort. 

La seconde est l’humanisme. Il est double chez les professionnels de santé ; l’humanisme médical du soignant et l’humanisme social de l’employeur. 

La troisième est l’efficacité. Elle permet de décliner la science médicale et les recommandations de bonnes pratiques en protocoles concrets, applicables comme une seconde nature par les soignants. 

La réponse aux failles révélées par la crise, le véritable défi post-Covid (à supposer qu’on y soit, dans le post-Covid), c’est de consolider ces trois valeurs libérales dans l’exercice d’aujourd’hui et de faciliter, pour demain, leur appréhension par les jeunes générations de chirurgiens-dentistes. 

 

Marc Sabek, Vice-président

 

 

 

1. L’expression est attribuée à Max Weber. 

2. Jacques Toubon [Défenseur des Droits], La-Croix-Hebdo, 20 juin 2020, p. 11. 

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