Conventions : premiers enseignements !

9 octobre 2019
Depuis plusieurs mois, des nouvelles provenant de l’ensemble du territoire nous indiquent que la Convention dentaire, malgré les plafonds et les inquiétudes du « trou d’air » lié à la mise en place de la réforme du 100 % santé au 1er janvier, bénéficie globalement aux chirurgiens-dentistes. Lors de multiples rencontres, nombreux sont les confrères qui affirment, qu’en dépit d’une certaine complexité, elle contient beaucoup d’éléments positifs et leur apporte un véritable bol d’oxygène.

Thierry SouliéPar ailleurs, les chiffres émanant de la Sécurité sociale démontrent que les soins conservateurs ont progressé de presque 10 % (-1,2 % une année plus tôt), compensant largement, la baisse de la prothèse. De même, les professionnels du commerce et de l’industrie confirment la reprise des investissements amorcée au second semestre 2018, preuve que la confiance est revenue au sein de la profession.

Car cette baisse du volume des actes de prothèse n’est en rien conjoncturelle. Bien au contraire, elle est une tendance observée depuis des années grâce aux effets de la prévention et aux comportements liés aux progrès techniques qui s’inscrivent dans une recherche permanente d’économie tissulaire. Certes, cette baisse connaîtra un rebond conjoncturel à partir du 1er janvier, et ce pour quelques années encore, mais l’orientation générale se poursuivra. Ce schéma, intégré dans nos projections à long terme, a été une des raisons qui nous a poussés à tout tenter pour enclencher un rééquilibrage et un changement de paradigme : ne pas le faire eût été une grave erreur, autant stratégique qu’économique.  Il était temps, car l’essoufflement constaté sur les chiffres d’affaires en 2018 était un des signes avant-coureurs de l’obsolescence du modèle économique fondé essentiellement sur la prothèse. Il révélait un risque réel pour l’équilibre économique des cabinets.  

Le syndicalisme fonctionne un peu comme un moteur à quatre temps et comporte plusieurs cycles : revendication, action, négociation, explication, auxquels il faut ajouter le carburant indispensable : la réflexion. Nous l’avons toujours dit, cette Convention n’est pas une fin en soi. En entrant dans la deuxième des cinq étapes, elle valide le changement de paradigme initié lors des négociations. Mais nous devons d’ores et déjà penser à l’après, en tenant compte des paramètres que nous connaissons, mais aussi des effets induits qui ne manqueront pas de se produire au fur et à mesure que les mesures entreront en application. Le projet de loi de financement de la sécurité sociale nous apporte un autre éclairage. Les concessions accordées dans le cadre des évènements sociaux ont eu des conséquences lourdes sur la médecine de ville et sur les comptes de la Sécurité sociale, à nouveau dans le rouge (déficit de 5 Md € versus une prévision de 700 M € d’excédent). Comment dans ce contexte, imaginer, comme certains le laissent croire, un déconventionnement massif ou encore une mobilisation de la profession pour lutter contre le si délétère règlement arbitral ? Ont-ils la clairvoyance et la lucidité nécessaires pour croire que dans les conditions actuelles, ils auraient pu obtenir mieux?  

Nous devrons aller plus loin dans la prévention, et reconsidérer notre activité davantage dans sa globalité, où les actes de paro et d’implanto aujourd’hui insuffisamment pris en charge, puissent prendre toute la place qui leur revient. Ce travail de prospective, nous l’avons entamé dans une perspective d’évolution permanente, de progrès et de capacité médicale au service des praticiens et des patients.

Thierry Soulié, Président Les CDF