L’autre virus

14 octobre 2020
« Enola gay a été larguée, je répète, Enola gay a été larguée (partiellement pour 300, 300 autres à venir)* ». Ainsi s’exprime un chirurgien-dentiste, qui écrit à son président de syndicat, le matamore anti-convention, pour l’informer qu’il a accompli sa mission : dans la nuit, il a posté 300 lettres anonymes de délation (et « 300 autres à venir ») dans lesquelles il jette à la vindicte populaire une liste de ses consoeurs-confrères qui auraient adhéré à un réseau santé !

MS

Cet épisode, où un confrère glisse, consciemment ou inconsciemment, dans une illégalité de droit commun et une anti-confraternité accablante, est révélé par l’enquête actuellement en cours à l’Autorité de la Concurrence. Touché par le virus de la haine et de la démolition, un praticien d’apparence intelligent et équilibré se transforme ainsi en délinquant.

Mais il n’est pas le seul à blâmer…

Comme le Covid, la contamination se répand de proche en proche et affecte tous ceux qui, mentalement, ne se sont pas préparés pour résister à la démagogie et à l’intimidation, tous ceux qui n’ont pas préservé leur indépendance d’opinion face au flot arrogant d’un syndicalisme de fiction.

Plus grave encore, dans ce dossier, on apprend comment, dans certains Conseils départementaux de l’Ordre, des « élus endoctrinés » ont participé à une opération de harcèlement et d’intimidation de confrères, abusant du paravent déontologique. Hélas, l’Autorité de la Concurrence ne se contentera pas de punir les véritables coupables. Elle fera feu de tout bois, pour l’exemple, et visera toutes les instances professionnelles.

Dans un autre registre, la DGCCRF s’apprête à publier les résultats de son enquête de 2019 consacrée au « Contrôle de la loyauté de l’information délivrée par les chirurgiens-dentistes ». Les données qui ont filtré sont tragiques : plus de 67 % de non-conformité touchant le devis, l’affichage des honoraires ou la déclaration de conformité des DMSM. Ces résultats, bientôt publiés et détaillés, affecteront toute la profession et seront utilisées contre chaque chirurgien-dentiste. Ils ne toucheront pas les hurluberlus qui ont répété à longueur de mois « Nouveau devis inapplicable... ils n’ont pas évité le pire ! ».

Combien ont cru les mensonges du même « syndicat anti-convention » affirmant que ce devis « de la CNSD » était conventionnel, sous-entendant qu’ils peuvent s’en passer, alors qu’il est légal, imposé par la loi ! Combien de praticiens contrôlés paient très cher le fait d’avoir suivi l’opinion démagogique du « votez pour moi et je vous fait une convention sur mesure » ? Combien d’entre eux ont-ils pris au sérieux la formule de battage empoisonnée du « capituler jamais, déconvention ! » ?

Lorsque l’Autorité de la Concurrence rendra son verdict, le prix sera payé par chacun de nous, alors que les méphitiques d’un syndicat qui se dit majoritaire poursuivront leurs vociférations et leurs postillons perfides. Quand la DGCCRF publiera son rapport, les conséquences réglementaires drastiques et l’impact médiatique vont frapper toute notre profession, mais les vrais coupables restent à l’abri !

Contre le poison du Covid, on trouvera tôt ou tard un vaccin. Contre le venin des extrémistes, contre les messagers de la rancoeur, il n’y aura jamais de vaccin ; chacun assume ses responsabilités. Il y a ceux qui se protègent, résistent, sauvegardent leur libre pensée et ceux qui suivent sans réfléchir…

 

Marc Sabek

Vice-président @marcsabek

* De fait, le confrère confond Enola Gay, le nom de l’avion qui a largué la bombe atomique sur Hirsohima avec le nom de celle-ci : Little Boy.