Anti-hypnose et auto-hypnose : Pour soigner des patients sereins

14 septembre 2021
Tout docteur est un monsieur Jourdain qui sans le savoir est un spécialiste de l’hypnose...négative ! Car en réalité, beaucoup de patients entrent dans les cabinets dentaires en état hypnotique ! Selon le docteur Xavier Penin, le premier stade de l’hypnose médicale c’est de les faire sortir de cet état qui s’apparente à une transe négative. Ensuite, en enseignant l’auto-hypnose, on permet au patient de modifier certains de ses comportements ou de surmonter certaines craintes

hypnose

Quand j’étais jeune diplômé, une dentiste proche de la retraite m’a dit : "j’ai adoré ce métier mais j’ai toujours regretté que beaucoup de patients qui viennent me voir ne soient pas dans leur état normal". J’ai pensé qu’elle parlait de la peur des soins dentaires. Maintenant je comprends plus précisément ce qu’elle voulait me dire et surtout j’ai appris comment faire pour avoir des patients sereins et donc être plus serein dans ma pratique. Beaucoup de personnes qui vont se faire soigner sont plus ou moins hypnotisés par cette perspective. Et donc, sans qu’ils le sachent eux-mêmes, les dentistes débutants ou expérimentés sont tous des spécialistes en hypnose... négative ! Dès que nous commençons à soigner et même un peu avant, l’esprit du patient est tellement focalisé sur le soin que son imagination va travailler en anticipant des sensations désagréables et il est envahi par des émotions négatives. En termes hypnotiques, on dit qu’il est en transe négative. Par conséquent, le premier stade de l’hypnose médicale consiste à sortir le patient de cette situation. C’est de l’anti-hypnose.

Communication, confiance et coopération

Un patient stressé n’est pas psychiquement présent ici et maintenant pendant un soin. Il est trop dans la remémoration de ses expériences douloureuses antérieures et l’anticipation négative de ce qu’il craint. Seule une bonne communication créera l’indispensable climat de confiance et de coopération qui lui permettra de sortir de cette hypnose négative et trouver des repères et de la sécurité. L’alliance thérapeutique, autrement dit le lien entre le patient et le thérapeute, doit être suffisamment fort pour pouvoir surmonter les difficultés. C’est seulement ensuite que l’hypnose pourra commencer et se développera presque spontanément. Le célèbre psychiatre Milton Erickson écrivait : « Peu de technique est nécessaire, vous avez seulement besoin de fixer l’imagination du patient sur une petite chose et l’y maintenir ». C’est donc essentiellement de la communication mais c’est quand même une technique à apprendre.

Aider à gérer les angoisses

Un patient reste calme et détendu car il peut gérer l’intrusion que représente le soin dentaire. Il est important que tous les chirurgiens-dentistes et tous les soignants comprennent que leurs patients font toujours de leur mieux, même si leur comportement nous déconcerte et nous semble irrationnel. S’ils développent une transe négative c’est qu’ils ne peuvent pas faire autrement. Ce n’est pas le soin en lui-même, ni son importance qui compte, c’est sa perception. Nous avons tous remarqué qu’expliquer que « aujourd’hui ce n’est qu’un tout petit soin » ne rassure pas le patient et n’a même en général aucun effet. Dans cette situation, la meilleure proposition que nous pouvons lui faire est d’accepter ses difficultés et l’aider à les gérer. C’est l’objectif de toutes les formations en hypnose médicale.

Attitudes corporelles et émotions

La première chose à faire pour évaluer l’état de conscience de quelqu’un est de l’observer. Regardez les positions surprenantes des mains des patients stressés. Ils peuvent garder une main en l’air avec leurs doigts dans des positions bizarres ou encore se tordre les poignets et rester figés dans cette posture. Certains ne posent même pas leurs pieds sur le fauteuil mais les gardent en extension. Dans le vocabulaire de l’hypnose, cette immobilité et cette rigidité corporelle s’appelle la catalepsie. Elle caractérise la transe. Le mieux est alors de leur décrire ces rigidités pour leur faire prendre conscience de leurs positions. On peut même, pour essayer de les détendre, leur demander s’ils croisent aussi leurs doigts de pieds dans leurs chaussures. Ils réalisent ainsi que leurs attitudes ne sont pas naturelles. On peut alors commencer à utiliser une des techniques hypnotiques les plus élémentaires : « le comme si ». Lui demander de s’installer « comme si » la situation était confortable :reposer les mains et les pieds, décroiser les doigts, laisser les épaules se dérouler pour qu’elles s’appuient bien sur le fauteuil et respirer calmement comme dans un lieu agréable. Le patient va ainsi se concentrer sur son corps et changer son ressenti émotionnel. Il est toujours surprenant de constater à quel point les changements d’attitude corporelle influencent les émotions. C’est d’ailleurs un exercice de base dans les formations à l’hypnose et à la communication thérapeutique.

Autonomie du patient

Cet exercice sur l’influence de la position corporelle montre bien que l’hypnose est une compétence que le patient doit acquérir pour améliorer son autonomie, modifier certains comportements ou surmonter certaines craintes. Un des éléments que l’OMS appelle l’éducation thérapeutique. Un apprentissage pour aider les patients à acquérir et maintenir les compétences dont ils ont besoin pour gérer au mieux leur vie avec une maladie. Quand on pratique l’hypnose en cabinet dentaire, cette dimension éducative devient rapidement une évidence. L’apprentissage est rapide et il est rare de faire plus de deux séances d’hypnose formelle avec un même patient. Très vite ce dernier comprend comment il doit faire et il suffit de quelques mots de la part du soignant pour qu’il sache comment passer en conscience hypnotique. Il a déjà acquis quelques compétences de base en auto-hypnose.

Face à face thérapeutique

Nous avons vu l’importance du lien en hypnose. Il est fondamental également en auto-hypnose mais ce n’est plus entre patient et thérapeute mais avec soi-même. Et c’est peut-être plus difficile. Face à des difficultés : anxiété, insomnie, stress professionnel, risque de burn-out, douleurs, préparation d’un examen, d’un entretien, d’un évènement sportif... nous sommes tellement focalisés sur cette difficulté que nos capacités à faire face et à trouver des solutions sont diminuées. L’auto-hypnose nous fait découvrir comment trouver en nous-mêmes, dans notre inconscient, les ressources qui nous font défaut. C’est un grand praticien de l’hypnose un peu malmené par la postérité, Émile Coué qui résume bien cette conception : « Je vais vous apprendre à faire des choses que vous savez faire mais que vous pensiez ne pas pouvoir faire ». Décider de se former à l’hypnose, c’est vouloir modifier ses rapports avec les patients, les collaborateurs, tous les proches et avec soi-même. Apprendre à mieux communiquer pour vivre et interagir de façon plus confortable. Évidemment, il sera possible de faire quelques actes avec seulement une anesthésie hypnotique, la consommation en anesthésique sera diminuée et le MEOPA plus facile à utiliser mais ce ne sera pas l’essentiel. J’ai commencé ces quelques lignes en citant mon expérience. Je les termine de même. Après ma formation en hypnose médicale chez Emergences, tout mon entourage, professionnel comme privé, m’a dit que la seule chose qu’ils regrettaient, c’est que je ne l’ai pas faite plus tôt !

Dr Xavier Penin

Xavier Penin est : • Docteur en chirurgie dentaire de l’Université Paris 7 • Docteur en sciences de l’Université Paris 6 • Responsable du pôle en hypnose dentaire de l’institut Emergences • Animateur des ateliers d’hypnose du CETD de la Fondation Rothschild • Consultant en Occlusodontie de la Fondation Rothschild