L'autruche et le guidon !

6 novembre 2019
Même si les tonalités sont différentes, les gouvernements passent, les volontés restent ! Il en est ainsi du tiers payant que Marisol Touraine, sous la précédente mandature, voulait généraliser et rendre obligatoire, alors qu’Agnès Buzyn, actuelle ministre de la Santé, veut le rendre généralisable.

Thierry SouliéQuestion de nuances et de méthode. À la contrainte de l’une s’oppose la conversion volontaire de l’autre, mais l’objectif recherché est identique. En ce qui nous concerne, notre position reste la même. Nous sommes toujours opposés au tiers payant généralisé et obligatoire parce que :

• le paiement par le patient reste un des principes fondateurs de l’exercice libéral,

• la variabilité des prises en charge et la multiplicité des modalités rendent le tiers payant encore très complexe dans notre domaine.

Pourtant, les affirmations des uns et des autres sur le mode « nous sommes prêts à régler tous vos problèmes, ne vous inquiétez pas, tout va bien se passer ! » fleurissent. C’est en substance ce qu’Agnès Buzyn déclarait sur les ondes : « Le problème que nous avions et la raison pour laquelle nous étions revenus sur le tiers payant généralisé, c’est qu’il y a des centaines de mutuelles différentes et nous ne savions pas faire techniquement… Il y a des dispositifs qui deviennent opérationnels chez les médecins ». Pour les médecins et sur les actes opposables peut-être, mais pas pour les actes non opposables, car les difficultés invoquées par la ministre perdurent !

C’est par méconnaissance du dossier qu’elle affirme que : « le service est faisable et qu’il faut que les professionnels de santé s’emparent progressivement de ces dispositifs dans l’année et s’équipent ». À ce jour, la gestion de la délégation de paiement sur les actes de prothèse demeure un parcours du combattant et aucune solution universelle n’existe.

Il est de notre devoir de lever les yeux du guidon et de regarder objectivement les évolutions qui se profilent

Cela précisé, le débat sur le tiers payant est relancé et l’arrivée du « zéro reste à charge » augmentera les demandes des patients pour bénéficier de ce service ! On ne peut donc plus se cacher derrière des principes en faisant l’autruche, il est de notre devoir de lever les yeux du guidon et de regarder objectivement les évolutions qui se profilent.

Nous avons toujours affirmé que le RACO ne devait pas être synonyme de tiers payant obligatoire, nous continuons à le clamer. Il sera cependant par son niveau de prise en charge unique un facilitateur qui incitera les praticiens à franchir la barrière du paiement direct par le patient. D’autant que le service ainsi rendu au patient sera demain un argument de concurrence pour d’autres modes d’exercice.

D’autres professions de santé dont les convictions libérales ne sont pas à démontrer s’y engagent... c’est d’ailleurs leur affichage nouveau qui a fait réagir la ministre.

Enfin, il est un facteur à prendre en compte : le moyen de paiement !

Il ne relève pas de la politique, mais d’un mélange de technique, d’économie et d’écologie qui font qu’un des abondements financiers majeurs des cabinets se fera demain de manière dématérialisée et que la délégation de paiement fera partie d’un de ces flux. Qui peut penser que les chèques tiroirs et le papier-monnaie sont notre avenir et nos garanties de paiements futurs ? La lucidité s’impose toujours, à plus forte raison quand il s’agit d’économie. Cela oblige de poser les bonnes questions au sujet des flux, de leur complexité, de leur coût et de l’indépendance par rapport aux financeurs.

Tels sont les vrais enjeux désormais ! Et quoi qu’en dise notre ministre, beaucoup de chemin reste à faire.

Thierry SOULIÉ
Président confédéral