Archipel libéral

7 juillet 2021
Depuis l’automne dernier, l’instauration d’indemnités journalières maladie pour les professionnels libéraux a occupé de longues colonnes dans les journaux et magazines professionnels (1).

La mesure a été présentée comme une « avancée » sociale, permettant de pallier les « insuffisances de la protection sociale des libéraux », ceux qui ne bénéficiaient pas d’un système d’indemnités journalières. Les chirurgiens-dentistes, comme les médecins, les auxiliaires médicaux ou les experts comptables, disposaient déjà d’une telle protection. D’où l’hostilité d’une grande partie des libéraux – plus des deux tiers étaient contre lorsque les organisations professionnelles avaient été consultées, il y a quatre ans.

Le débat sur la justification de cette nouvelle charge n’a pas abordé les questions centrales ; il a totalement dérivé entre les effets de la crise Covid et les exigences de la solidarité nationale. Malheureusement, avec le drame sanitaire, on s’est soumis aux réactions d’une société circonscrite à l’actualité, croyant aveuglement aux vertus de l’extension sans bornes de la « protection sociale ».

On a oublié des questions élémentaires. Dans cette croissance exponentielle de la « réglementarité » qui nous assomme chaque jour, l’ajout d’une énième charge, quel que soit le niveau de cotisation, constitue-t-elle la solution aux besoins réels des libéraux en matière de prévoyance ?

On a peut-être oublié ce qu’est un professionnel libéral.
Le libéral ne rêve pas qu’on lui impose la même protection sociale que les salariés ! Être libéral, c’est d’abord une ambition : celle d’une autonomie capable de projets, de développements et d’exercice permanent de la liberté d’entreprendre, qu’il faut éviter de ficeler progressivement à coup de « bonnes intentions ».

On a surtout oublié ce qui fonde tout regroupement de libéraux en France. Quels intérêts communs permettraient de rassembler un notaire, un chirurgien-dentiste, un traducteur, un architecte, un agent d’assurance, etc. ?

La question s’est posée à nos aînés, eux qui avaient réussi à rassembler les libéraux. L’unique réponse qui avait permis une union de professionnels libéraux se situait dans la lutte contre toute réglementation alourdissant les prélèvements obligatoires ! Hélas, le blanc-seing donné aux pouvoirs publics pour imposer des indemnités journalières maladie fait voler en éclats l’idée fondatrice de l’Union des libéraux !

On a peut-être oublié ce qu'est un professionnel libéral

Quelle autre idée – quel dénominateur commun – réunirait encore aujourd’hui le médecin, l’expert-comptable, le géomètre, l’huissier ? La réponse ne peut venir que d’une réflexion rationnelle, fondée sur des arguments objectifs. Elle doit viser à (re)construire un socle d’intérêts dans la défense desquels les libéraux se reconnaîtraient.

Contre le tutorat qui se prétend protecteur et ne réussit qu’à multiplier les entraves à l’activité des professionnels, les libéraux n’ont d’autre choix que de faire face à tout ce qui amoindrit, égratigne, limite et finit par remettre en cause leurs libertés fondamentales. Le chantier est immense !

Marc Sabek
vice-président

 

(1) Nous y avons récemment consacré l’espace nécessaire pour une information technique claire. M. Bergougnoux, « Une nouvelle cotisation pour des IJ pour tous », CDF-Mag n° 1942-1943 du 24 juin - 1er juillet 2021, p. 21-23 et Fiches pratiques p. 25-26.